Les spectacles Du 15 novembre au 3 décembre 2017

Marie-Madeleine ou le Salut

DE Marguerite Yourcenar

« Je m’appelle Marie. On m’appelle Madeleine », tout le monologue de Feux (1936) se construit autour de ces deux prénoms, commençant par la Marie un peu espiègle et séductrice, se poursuivant par leur association, Marie-Madeleine, pour désigner la courtisane et finissant par la Madeleine amoureuse de Dieu.

Feux est également un recueil de la première période de Yourcenar. Ce recueil est rédigé pendant une croisière sur le Bosphore en compagnie d’Andréas Embiricos, à la fois poète, psychanalyste, armateur grec et communiste. De cette longue croisière émaneront plusieurs livres de Yourcenar : Nouvelles orientales (sur des légendes diverses), Les Songes et les sorts (un essai sur ses rêves) et Feux, un recueil de monologues sur la passion absolue et déçue, comme fut la sienne à l’égard d’André Fraigneau, lecteur chez Grasset qui sauva de la mise au rebut son Pindare.

Embiricos lui suggère sans doute de tenir un journal sur son aventure avec Fraigneau et dont des extraits, remaniés, s’insèrent entre les divers monologues du recueil.

Méfiante à l’égard de tout type de confession qu’on pourrait y rechercher, Yourcenar ouvre le livre sur la phrase : J’espère que ce livre ne sera jamais lu…

Les récits sont ceux d’amours absolus et déçus : Phèdre pour Hippolyte, Clytemnestre pour Agamemnon, Achille pour Patrocle, Antigone pour Polynice, Phédon pour Socrate, Sappho pour Attys, Marie-Madeleine pour Jésus…

Seul texte sur la tradition chrétienne, « Marie-Madeleine ou le Salut » est construit à partir de la version de Voragine faisant de Marie-Madeleine, l’épouse de Jean l’Évangéliste. Yourcenar y ajoute, toutefois, sa note personnelle, faisant de l’apôtre Jean l’amoureux de Jésus et de Jésus le séducteur des hommes.

Texte puissant, en prose poétique plus baroque que classique, Marie-Madeleine nous interroge sur la valeur du sacrifice de soi, la suprématie de la passion sur l’amour, l’illusion du bonheur, et, finalement, la force de l’écriture quand on en est exclu. Il se termine sur cet aveu plus proche de Yourcenar que de Marie-Madeleine et ébranlant nos certitudes : « Il (Dieu) ne m’a sauvée ni de la mort, ni des maux, ni du crime, car c’est par eux qu’on se sauve. Il m’a sauvée du bonheur », faisant écho à ces autres assertions « Qu’il eût été fade d’être heureux » et « Le bonheur est un sous-produit ».

Interprété par une jeune comédienne pleine encore de la révolte nécessaire pour incarner Marie-Madeleine, dans une mise en scène de Monique Lenoble, autre crinière prometteuse d’absolu, ce monologue sera bouleversant.

 

(Michèle Goslar)

L'auteur

Marguerite Yourcenar

MARGUERITE YOURCENAR (Bruxelles 1903 – Mount Desert Island 1987)

 

Orpheline de mère à onze jours, Marguerite Cleenewerck de Crayencour quittera, âgée de quelques semaines, Bruxelles pour la France (Mont-Noir) où elle passera son enfance dans le château de sa grand-mère paternelle. Elle y prendra goût à tout ce qu’elle aimera : les plantes, les animaux et les ciels du Nord.

Dès qu’elle a atteint deux ans, son père qui a déjà la cinquantaine, emmène la fillette régulièrement en voyage : Paris, la côte belge et hollandaise et la Riviera, épisodiquement Bruxelles. Ce goût des voyages lui restera jusqu’à la fin.

À la mort de la grand-mère Noémie Dufresne, son père réalise ses biens – une véritable fortune de la Belle Époque – et poursuit sa vie de nomade avec sa fille. Paris reste leur point de chute et ils connaîtront diverses résidences dans le Midi. La Première Guerre les surprendra à Ostende ; ils fuiront à Londres.

 

Élevée par son père et par des précepteurs, mais plus encore par les livres et les musées, Marguerite de Crayencour sortira de l’adolescence avec de solides connaissances en latin et grec, en littérature européenne et en langues modernes.

Depuis ses quatorze ans elle écrit et elle publiera deux premiers livres à compte d’auteur dès ses dix-huit ans : Le Jardin des Chimères (poème dialogué sur la chute d’Icare) et un recueil de poèmes. Elle se choisit un nom d’auteur, anagramme de son patronyme, et signe ses premiers livres d’un énigmatique Marg Yourcenar. Le père reste attentif aux ambitions de sa fille et les encourage. Pour le reste, Michel de Crayencour dilapide sa fortune aux jeux et avec les femmes.

Il meurt à Lausanne en 1929, après un troisième mariage, laissant sa fille et son épouse ruinées. Grâce à l’héritage de sa mère, Fernande de Cartier de Marchienne, Marguerite Yourcenar connaîtra encore dix ans de vie aisée partagée entre les voyages et l’écriture. André Fraigneau, lecteur admiratif chez Grasset, sera sa grande passion, mais une passion sans retour. La rupture d’avec Andreas Embiricos, poète grec, ne fera qu’ajouter à la détresse de la jeune femme trop souvent exclue du bonheur. Deux livres témoigneront de ces échecs : Feux, en 1935, et Le Coup de grâce en 1939. Quand la Seconde Guerre s’annonce, Marguerite Yourcenar est ruinée et accepte l’invitation lancée par Grâce Frick – une jeune femme rencontrée à Paris deux ans plus tôt – de la rejoindre aux États-Unis. La guerre en Europe aidant, l’auteur se fixe dans le Connecticut, puis dans le Maine. En 1947, elle obtient la nationalité américaine. Elle réside à « Petite Plaisance », sa maison de Northeast Harbor (Mount Desert Island, Maine). Entretemps, une malle récupérée ramène à la surface un vieux projet : Mémoires d’Hadrien. Le livre rencontrera un vif succès et ramènera Marguerite Yourcenar en Europe.

 

Grâce, devenue sa traductrice, sacrifiera ses propres travaux pour se donner corps et âme à celle qu’elle admire. En 1958, se déclare un cancer chez Grâce. Une opération lui laisse un répit de cinq ans, mais la maladie réapparaît et se généralise obligeant Marguerite Yourcenar à revivre à Mount Désert une existence sédentaire. Elle vient d’y terminer son roman le plus accompli, L’Œuvre au Noir (1968) et se met à la rédaction des deux premiers volumes de sa trilogie familiale : Souvenirs pieux (1974) et Archives du Nord (1977). Les honneurs et le succès la font sortir de sa tanière pour de brefs séjours : 1968, Prix Femina, 1971, réception à l’Académie royale…

 

Quand Grâce meurt en 1979, Marguerite Yourcenar n’a qu’une idée : reparcourir le monde avec son nouveau compagnon de voyage, Jerry Wilson. À 80 ans, elle retrouve une seconde jeunesse et se remet à l’écriture de Quoi ? L’Éternité, troisième tome de sa trilogie. Dès 1980 et son élection comme première femme à l’Académie française, les médias se bousculent pour l’interviewer. Elle semble comblée : honneurs, succès, voyages… Mais le bonheur ne durera pas : Jerry est atteint du sida et meurt, en pleine force de l’âge, en 1986. Quoi ? L’Éternité racontera partiellement ce que fut leur rencontre.

 

À 84 ans, elle s’apprête à recommencer un périple jusqu’au Népal. Le départ est fixé au 9 novembre. Le 8, à la suite d’un malaise, elle refuse de rester à l’hôpital de Bar Harbor. Le 9 on l’y reconduit inconsciente : Marguerite Yourcenar a été victime d’une hémorragie cérébrale dans la nuit. Elle décèdera le 18 décembre 1987 à l’âge de 84 ans, 6 mois et 10 jours.

 

(Michèle Goslar)

La distribution

Marie-Madeleine ou le Salut

D’après Marguerite Yourcenar

Mise en scène et scénographie : Monique Lenoble

Avec Laetitia Chambon

Adaptation : Michèle Goslar

Stylisme : Bouzouk

Vidéo : Marie Kasemierczak

Lumière et régie : L’équipe du Poème 2

 

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MONIQUE LENOBLE

Metteure en scène et comédienne, réalisatrice et conceptrice d’événements, Monique Lenoble a réalisé une trentaine de mises en scène et joué une cinquantaine de rôles d’auteurs classiques et contemporains en Belgique, en France et lors de tournées internationales.

En Belgique, ses dernières réali­sations ont été La Femme de l’Homme au Chapeau Boule de Patrick Roegiers, au Poème 2, Tartuffe de Molière et Vampire de Thierry Debroux. Récemment, elle a créé Des Masques, un spectacle mêlant chorégraphie, vidéo et performance.

Voir : www.arttitudes.net ; arttitudes.blogspot.com

 

Revues de presses

Marie-Madeleine ou le Salut

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Détails des dates
  • Mercredi 15 novembre 2017 à 19h
  • Jeudi 16 novembre 2017 à 20h
  • Vendredi 17 novembre 2017 à 20h
  • Samedi 18 novembre 2017 à 20h
  • Dimanche 19 novembre à 16h
  • Mercredi 22 novembre 2017 à 19h
  • Jeudi 23 novembre 2017 à 20h
  • Vendredi 24 novembre 2017 à 20h
  • Samedi 25 novembre 2017 à 20h
  • Dimanche 26 novembre à 16h
  • Mercredi 29 novembre 2017 à 19h
  • Jeudi 30 novembre 2017 à 20h
  • Vendredi 1er décembre 2017 à 20h
  • Samedi 2 décembre 2017 à 20h
  • Dimanche 3 décembre à 16h

Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Direction générale de la Culture, Service général des Arts de la Scène,
de la Loterie Nationale et de la Commune de Saint-Gilles

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