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Les spectacles Du 14 au 24 septembre 2017

La Lettre du jeune travailleur

Rainer Maria Rilke

En 1922, Rilke écrit une lettre fictive à Monsieur V., une réponse au recueil posthume de Verhaeren Les Flammes hautes : il y parle des hommes « exaltés d’eux-mêmes » comme l’écrit Verhaeren dans « Au passant d’un soir » et plus particulièrement de la sexualité, étouffée par la religion chrétienne.

Ce spectacle est un hommage aux hommes qui célèbrent l’Ici-Bas. C’est aussi un témoignage du cheminement de Rilke pour devenir un de ces maîtres qu’il admire tant. Un tournant dans la réflexion et dans l’œuvre de Rilke, qui se détache peu à peu des contraintes sociales.

L'auteur

Rainer Maria Rilke

Rainer Maria Rilke (René Karl Wilhelm Johann Josef Maria Rilke), né à Prague (Autriche-Hongrie) en 1875, est de nationalité autrichienne.
De 1886 à 1897, en Autriche-Hongrie et en Allemagne, Rilke passe par une école militaire, des études de droit notarial, la profession de journaliste avant de commencer des études d’Histoire de l’art et de littérature, puis de philosophie.
C’est que, parallèlement à ces activités, Rilke écrit – principalement des nouvelles et des poèmes – et que cela prend beaucoup de son énergie. Son premier recueil est dédié à une amie de sa cousine, et publié en 1894. Si Rilke demeure peu lu sa vie durant, il est vite reconnu par ses pairs comme un grand poète. Son œuvre est empreinte de spiritualité – sans dogme – et de mélancolie ; il parle de l’amour, de la mort, de la solitude, et de l’art créatif. Rilke s’illustre également par ses traductions – de Verhaeren à Paul Valéry, en passant par Tolstoï et Dostoïevski. Il s’essaiera à la « littérature alimentaire », par des articles de critiques littéraires, avant de décider de se consacrer uniquement à son œuvre, ce qui lui vaudra quelques années de misère économique.
En 1897, Rilke change son prénom, de René à Rainer. Suite à sa rencontre avec Lou Andreas-Salomé à Munich, il voyage avec le couple Andreas en Italie et en Russie – pays de Lou, qui le fascine, et où il rencontre Tolstoï. Rilke entretiendra une grande amitié et une correspondance fournie avec Lou et lui écrira une série de poèmes en russe. Puis, en 1901, Rilke épouse Clara Westhoff, sculpteur, ancienne élève de Rodin. Le couple se sépare après un an de vie commune et la naissance d’une fille, Ruth.
Rilke se rend alors à Paris où, en 1905, il devient le secrétaire particulier de Rodin. De 1903 à 1908, il écrit ses Lettres à un jeune poète qui ne seront publiées que de façon posthume, en 1929.
De 1907 à 1910, Rilke voyage à travers l’Europe et l’Afrique du Nord. Il apprend l’arabe, lit le Coran et s’initie à l’égyptologie. En 1910, il rencontre la princesse Marin von Thurn und Taxis qui devient, pendant dix ans, son mécène. C’est pour elle que Rilke écrit les Élégies de Duino.
Il est brièvement mobilisé lors de la Première Guerre Mondiale. De 1914 à 1916, il a une liaison avec la peintre Lou Albert-Lasard alors qu’il travaille aux archives de la guerre, à Vienne.
En 1919, il s’installe en Suisse où il compose des poésies en français ; puis déménage en Ardèche à partir de 1921. Il y termine les Élégies de Duino et les Sonnets à Orphée.
Pendant six ans, il a une histoire avec Baladine Klossowski et s’attache aussi à ses deux enfants.
Il meurt en Suisse d’une leucémie en 1926, après un affaiblissement généralisé depuis l’hiver 21 qui le mène vers plusieurs maisons de santé. Il a 51 ans.

La distribution

La Lettre du jeune travailleur

Texte de Rainer Maria Rilke
Mise en scène : Dolorès Oscari
Rilke : Paul Van Mulder
Évocation de Verhaeren : Luc Vandermaelen
Lumière : Christian Halkin
Scénographie : Dominiq Fournal
Décor : Benoît Francart
Photo : Serge Gutwirth
Vidéo : Marie Kasemierczak
Modèle photos : Lily Danhaive
Régie : Lily Danhaive et Benoît Francart
Silhouette : Bouzouk

Revues de presses

La Lettre du jeune travailleur

PHOTOS

Détails des dates
  • Jeudi 14 septembre 2017 à 20h
  • Vendredi 15 septembre 2017 à 20h
  • Samedi 16 septembre 2017 à 20h
  • Dimanche 17 septembre 2017 à 16h
  • Jeudi 21 septembre 2017 à 20h
  • Vendredi 22 septembre 2017 à 20h
  • Samedi 23 septembre 2017 à 20h
  • Dimanche 24 septembre 2017 à 16h

Les spectacles Du 5 au 15 octobre 2017

La Bonne parole du curé Meslier

« Au nom… de la matière. Ce que nous sommes, ce qu’il reste, quand on n’est plus. »

Reprise !

Le curé Jean Meslier (1664-1729) sort de l’ombre. Il apparaît comme un penseur politique et philosophique de tout premier plan.
À l’aube du Siècle des Lumières, ce petit curé de village (celui d’Étrépigny dans les Ardennes françaises) laissait à sa mort voguer à la destinée un volumineux Mémoire manuscrit de ses « pensées et sentiments ».
C’était une bombe ! Elle éclate enfin aujourd’hui.
Car son Mémoire constitue, à l’époque, la critique la plus complète des incohérences, des abracadabrances bibliques, évangéliques et monothéistes. C’est aussi la première théorie de l’athéisme, du matérialisme philosophique, et la seule œuvre française avant la Révolution à proposer un projet et un programme concret de libération des masses.

Meslier, l’humaniste, comprenait le peuple quand il lui glissait à l’oreille que « tous les grands de la terre et que tous les nobles fussent pendus et étranglés avec des boyaux de prêtres. »

Pour lui, abattre la féodalité et l’absolutisme royal passait par renier l’Église qui les soutient et les bénit. Pour cela, il fallait démystifier les religions, annihiler le dieu des hommes…

Unissez-vous donc, peuples, si vous êtes sages !
Toutes les religions ne sont que des inventions humaines.
La matière ne peut avoir été créée. Elle a d’elle-même son être et son mouvement.
Il n’y a point de Dieu.

Tel est son message, en avance sur son temps. Toujours d’actualité – voire en avance sur notre temps !
Dans une langue à la fois modernisée et d’une grande fidélité au texte de Meslier, Jean-François Jacobs laisse ici exploser la « bonne parole » de ce curé détonant, dans le corps et la voix duquel se fond – et se confond – Alexandre von Sivers.

Bandeau-la bonne parole du curé meslier-hd

La distribution

La Bonne parole du curé Meslier

D’après « Les Mémoires des pensées et sentiments » de Jean Meslier
Adaptation et mise scène : Jean-François Jacobs
Avec Alexandre von Sivers
Composition et musique (en direct) : Gilles Masson
Scénographie et costumes : Ronald Beurms
Relecture philosophique et historique : Serge Deruette (professeur d’Histoire des idées à l’Université de Mons)
Texte édité chez Aden Éditions

Revues de presses

La Bonne parole du curé Meslier

PHOTOS

Détails des dates
  • Jeudi 5 octobre 2017 à 20h
  • Vendredi 6 octobre 2017 à 20h
  • Samedi 7 octobre 2017 à 20h
  • Dimanche 8 octobre 2017 à 16h
  • Jeudi 12 octobre 2017 à 20h
  • Vendredi 13 octobre 2017 à 20h
  • Samedi 14 octobre 2017 à 20h
  • Dimanche 15 octobre 2017 à 16h

Les spectacles Du 15 novembre au 3 décembre 2017

Marie-Madeleine ou le Salut

Marguerite Yourcenar

« Je m’appelle Marie. On m’appelle Madeleine », tout le monologue de Feux (1936) se construit autour de ces deux prénoms, commençant par la Marie un peu espiègle et séductrice, se poursuivant par leur association, Marie-Madeleine, pour désigner la courtisane et finissant par la Madeleine amoureuse de Dieu.

Feux est également un recueil de la première période de Yourcenar. Ce recueil est rédigé pendant une croisière sur le Bosphore en compagnie d’Andréas Embiricos, à la fois poète, psychanalyste, armateur grec et communiste. De cette longue croisière émaneront plusieurs livres de Yourcenar : Nouvelles orientales (sur des légendes diverses), Les Songes et les sorts (un essai sur ses rêves) et Feux, un recueil de monologues sur la passion absolue et déçue, comme fut la sienne à l’égard d’André Fraigneau, lecteur chez Grasset qui sauva de la mise au rebut son Pindare.

Embiricos lui suggère sans doute de tenir un journal sur son aventure avec Fraigneau et dont des extraits, remaniés, s’insèrent entre les divers monologues du recueil.

Méfiante à l’égard de tout type de confession qu’on pourrait y rechercher, Yourcenar ouvre le livre sur la phrase : J’espère que ce livre ne sera jamais lu…

Les récits sont ceux d’amours absolus et déçus : Phèdre pour Hippolyte, Clytemnestre pour Agamemnon, Achille pour Patrocle, Antigone pour Polynice, Phédon pour Socrate, Sappho pour Attys, Marie-Madeleine pour Jésus…

Seul texte sur la tradition chrétienne, « Marie-Madeleine ou le Salut » est construit à partir de la version de Voragine faisant de Marie-Madeleine, l’épouse de Jean l’Évangéliste. Yourcenar y ajoute, toutefois, sa note personnelle, faisant de l’apôtre Jean l’amoureux de Jésus et de Jésus le séducteur des hommes.

Texte puissant, en prose poétique plus baroque que classique, Marie-Madeleine nous interroge sur la valeur du sacrifice de soi, la suprématie de la passion sur l’amour, l’illusion du bonheur, et, finalement, la force de l’écriture quand on en est exclu. Il se termine sur cet aveu plus proche de Yourcenar que de Marie-Madeleine et ébranlant nos certitudes : « Il (Dieu) ne m’a sauvée ni de la mort, ni des maux, ni du crime, car c’est par eux qu’on se sauve. Il m’a sauvée du bonheur », faisant écho à ces autres assertions « Qu’il eût été fade d’être heureux » et « Le bonheur est un sous-produit ».

Interprété par une jeune comédienne pleine encore de la révolte nécessaire pour incarner Marie-Madeleine, dans une mise en scène de Monique Lenoble, autre crinière prometteuse d’absolu, ce monologue sera bouleversant.

 

(Michèle Goslar)

L'auteur

Marguerite Yourcenar

MARGUERITE YOURCENAR (Bruxelles 1903 – Mount Desert Island 1987)

 

Orpheline de mère à onze jours, Marguerite Cleenewerck de Crayencour quittera, âgée de quelques semaines, Bruxelles pour la France (Mont-Noir) où elle passera son enfance dans le château de sa grand-mère paternelle. Elle y prendra goût à tout ce qu’elle aimera : les plantes, les animaux et les ciels du Nord.

Dès qu’elle a atteint deux ans, son père qui a déjà la cinquantaine, emmène la fillette régulièrement en voyage : Paris, la côte belge et hollandaise et la Riviera, épisodiquement Bruxelles. Ce goût des voyages lui restera jusqu’à la fin.

À la mort de la grand-mère Noémie Dufresne, son père réalise ses biens – une véritable fortune de la Belle Époque – et poursuit sa vie de nomade avec sa fille. Paris reste leur point de chute et ils connaîtront diverses résidences dans le Midi. La Première Guerre les surprendra à Ostende ; ils fuiront à Londres.

 

Élevée par son père et par des précepteurs, mais plus encore par les livres et les musées, Marguerite de Crayencour sortira de l’adolescence avec de solides connaissances en latin et grec, en littérature européenne et en langues modernes.

Depuis ses quatorze ans elle écrit et elle publiera deux premiers livres à compte d’auteur dès ses dix-huit ans : Le Jardin des Chimères (poème dialogué sur la chute d’Icare) et un recueil de poèmes. Elle se choisit un nom d’auteur, anagramme de son patronyme, et signe ses premiers livres d’un énigmatique Marg Yourcenar. Le père reste attentif aux ambitions de sa fille et les encourage. Pour le reste, Michel de Crayencour dilapide sa fortune aux jeux et avec les femmes.

Il meurt à Lausanne en 1929, après un troisième mariage, laissant sa fille et son épouse ruinées. Grâce à l’héritage de sa mère, Fernande de Cartier de Marchienne, Marguerite Yourcenar connaîtra encore dix ans de vie aisée partagée entre les voyages et l’écriture. André Fraigneau, lecteur admiratif chez Grasset, sera sa grande passion, mais une passion sans retour. La rupture d’avec Andreas Embiricos, poète grec, ne fera qu’ajouter à la détresse de la jeune femme trop souvent exclue du bonheur. Deux livres témoigneront de ces échecs : Feux, en 1935, et Le Coup de grâce en 1939. Quand la Seconde Guerre s’annonce, Marguerite Yourcenar est ruinée et accepte l’invitation lancée par Grâce Frick – une jeune femme rencontrée à Paris deux ans plus tôt – de la rejoindre aux États-Unis. La guerre en Europe aidant, l’auteur se fixe dans le Connecticut, puis dans le Maine. En 1947, elle obtient la nationalité américaine. Elle réside à « Petite Plaisance », sa maison de Northeast Harbor (Mount Desert Island, Maine). Entretemps, une malle récupérée ramène à la surface un vieux projet : Mémoires d’Hadrien. Le livre rencontrera un vif succès et ramènera Marguerite Yourcenar en Europe.

 

Grâce, devenue sa traductrice, sacrifiera ses propres travaux pour se donner corps et âme à celle qu’elle admire. En 1958, se déclare un cancer chez Grâce. Une opération lui laisse un répit de cinq ans, mais la maladie réapparaît et se généralise obligeant Marguerite Yourcenar à revivre à Mount Désert une existence sédentaire. Elle vient d’y terminer son roman le plus accompli, L’Œuvre au Noir (1968) et se met à la rédaction des deux premiers volumes de sa trilogie familiale : Souvenirs pieux (1974) et Archives du Nord (1977). Les honneurs et le succès la font sortir de sa tanière pour de brefs séjours : 1968, Prix Femina, 1971, réception à l’Académie royale…

 

Quand Grâce meurt en 1979, Marguerite Yourcenar n’a qu’une idée : reparcourir le monde avec son nouveau compagnon de voyage, Jerry Wilson. À 80 ans, elle retrouve une seconde jeunesse et se remet à l’écriture de Quoi ? L’Éternité, troisième tome de sa trilogie. Dès 1980 et son élection comme première femme à l’Académie française, les médias se bousculent pour l’interviewer. Elle semble comblée : honneurs, succès, voyages… Mais le bonheur ne durera pas : Jerry est atteint du sida et meurt, en pleine force de l’âge, en 1986. Quoi ? L’Éternité racontera partiellement ce que fut leur rencontre.

 

À 84 ans, elle s’apprête à recommencer un périple jusqu’au Népal. Le départ est fixé au 9 novembre. Le 8, à la suite d’un malaise, elle refuse de rester à l’hôpital de Bar Harbor. Le 9 on l’y reconduit inconsciente : Marguerite Yourcenar a été victime d’une hémorragie cérébrale dans la nuit. Elle décèdera le 18 décembre 1987 à l’âge de 84 ans, 6 mois et 10 jours.

 

(Michèle Goslar)

La distribution

Marie-Madeleine ou le Salut

D’après Marguerite Yourcenar

Mise en scène et scénographie : Monique Lenoble

Avec Laetitia Chambon

Adaptation : Michèle Goslar

Stylisme : Bouzouk

Vidéo : Marie Kasemierczak

Lumière et régie : L’équipe du Poème 2

 

*

 

MONIQUE LENOBLE

Metteure en scène et comédienne, réalisatrice et conceptrice d’événements, Monique Lenoble a réalisé une trentaine de mises en scène et joué une cinquantaine de rôles d’auteurs classiques et contemporains en Belgique, en France et lors de tournées internationales.

En Belgique, ses dernières réali­sations ont été La Femme de l’Homme au Chapeau Boule de Patrick Roegiers, au Poème 2, Tartuffe de Molière et Vampire de Thierry Debroux. Récemment, elle a créé Des Masques, un spectacle mêlant chorégraphie, vidéo et performance.

Voir : www.arttitudes.net ; arttitudes.blogspot.com

 

Revues de presses

Marie-Madeleine ou le Salut

PHOTOS

Détails des dates
  • Mercredi 15 novembre 2017 à 19h
  • Jeudi 16 novembre 2017 à 20h
  • Vendredi 17 novembre 2017 à 20h
  • Samedi 18 novembre 2017 à 20h
  • Dimanche 19 novembre à 16h
  • Mercredi 22 novembre 2017 à 19h
  • Jeudi 23 novembre 2017 à 20h
  • Vendredi 24 novembre 2017 à 20h
  • Samedi 25 novembre 2017 à 20h
  • Dimanche 26 novembre à 16h
  • Mercredi 29 novembre 2017 à 19h
  • Jeudi 30 novembre 2017 à 20h
  • Vendredi 1er décembre 2017 à 20h
  • Samedi 2 décembre 2017 à 20h
  • Dimanche 3 décembre à 16h

Les spectacles Du 6 au 17 décembre 2017

Alexis ou le Traité du vain combat

Marguerite Yourcenar

Re-création

Récit de sa première période d’écriture, ce premier “portrait d’une voix” a séduit la critique (notamment Edmond Jaloux) et fait entrer Yourcenar dans le monde des lettres.

Bien que rapproché par la critique du Traité du vain désir de Gide, c’est à Rilke que Yourcenar fait référence, « Le Rilke de Malte Laurids Brigge, pas encore tout à fait celui des Élégies de Duino, mais un peu déjà. Le ton même d’Alexis, les scrupules d’Alexis, et pas sur un sujet particulier, sur tout ; la religiosité d’Alexis, une sorte de tendresse répandue par Alexis sur les êtres et les choses, tout cela est bien plus près de Rilke. Je me sentais très proche de Rilke durant cette période[1]. »

Persuadée qu’il fallait, après sa poésie, écrire quelque chose de définitif, et ayant échoué à rédiger trop tôt le grand roman Remous, Marguerite Yourcenar va exploiter une expérience personnelle pour ce premier texte en prose. Vers 1923, elle a été séduite par un jeune homme, probablement Alexis de Géra, d’origine autrichienne. Étant homosexuel, il lui confesse ne pouvoir répondre à ses attentes. C’est cette confession qui servira de point de départ au livre.

Quelques années plus tard, elle apprend le décès de Jeanne de Vietinghoff, ancienne amie de collège de sa mère, demoiselle d’honneur au mariage de son père qui est subjugué par sa beauté et son comportement de femme libre, modèle pour l’auteur, également attirée par les homosexuels, et séduite par cette femme qui épousa un homosexuel et lui resta fidèle jusqu’à sa mort.

Intriguée par les liens qui unirent son père à Jeanne, Marguerite Yourcenar rencontre en 1928, le mari de Jeanne à Zurich. Ses confidences fourniront le reste de la matière d’Alexis, Monique, dans le texte, étant Jeanne, ce que reconnut l’auteur par la suite.

Alexis ou le Traité du vain combat est une longue lettre écrite par Alexis à sa femme, Monique, venant d’accoucher, pour lui expliquer pourquoi il la quitte. Il y raconte sa vie, sa famille aristocratique sur le déclin, sa découverte de la beauté masculine, l’engrenage qui l’a conduit à l’épouser, son besoin de renouer avec la musique (Conrad de Vietinghoff était pianiste), et sa résolution d’accepter son homosexualité, sans jamais nommer la chose.

Confidence d’une sensibilité peu commune, hésitations à dire, respect de l’autre, volonté de sincérité, respect à l’égard d’une femme exceptionnelle, ce texte émeut et bouleverse à la fois. Qu’on en juge par la phrase qui clôt cette longue lettre : « Je vous demande pardon, le plus humblement possible, non pas de vous quitter, mais d’être resté si longtemps ».

Bien que non destiné au théâtre, ce monologue, à chaque lecture, m’imposait une voix qui m’a convaincue de le proposer à la scène. Trop long, mon adaptation n’a eu recours qu’au découpage, respectant la chronologie du récit.

Son interprétation par Pascal Parsat est remarquable et la mise en scène par Monique Lenoble parfaitement ajustée au propos.

Bien qu’écrit en 1929, ce texte reste d’une actualité et d’une émotion remarquables.

 

(Michèle Goslar)

 

[1] In Les Yeux ouverts, p. 67

 

L'auteur

Marguerite Yourcenar

MARGUERITE YOURCENAR (Bruxelles 1903 – Mount Desert Island 1987)

 

Orpheline de mère à onze jours, Marguerite Cleenewerck de Crayencour quittera, âgée de quelques semaines, Bruxelles pour la France (Mont-Noir) où elle passera son enfance dans le château de sa grand-mère paternelle. Elle y prendra goût à tout ce qu’elle aimera : les plantes, les animaux et les ciels du Nord.

Dès qu’elle a atteint deux ans, son père qui a déjà la cinquantaine, emmène la fillette régulièrement en voyage : Paris, la côte belge et hollandaise et la Riviera, épisodiquement Bruxelles. Ce goût des voyages lui restera jusqu’à la fin.

À la mort de la grand-mère Noémie Dufresne, son père réalise ses biens – une véritable fortune de la Belle Époque – et poursuit sa vie de nomade avec sa fille. Paris reste leur point de chute et ils connaîtront diverses résidences dans le Midi. La Première Guerre les surprendra à Ostende ; ils fuiront à Londres.

 

Élevée par son père et par des précepteurs, mais plus encore par les livres et les musées, Marguerite de Crayencour sortira de l’adolescence avec de solides connaissances en latin et grec, en littérature européenne et en langues modernes.

Depuis ses quatorze ans elle écrit et elle publiera deux premiers livres à compte d’auteur dès ses dix-huit ans : Le Jardin des Chimères (poème dialogué sur la chute d’Icare) et un recueil de poèmes. Elle se choisit un nom d’auteur, anagramme de son patronyme, et signe ses premiers livres d’un énigmatique Marg Yourcenar. Le père reste attentif aux ambitions de sa fille et les encourage. Pour le reste, Michel de Crayencour dilapide sa fortune aux jeux et avec les femmes.

Il meurt à Lausanne en 1929, après un troisième mariage, laissant sa fille et son épouse ruinées. Grâce à l’héritage de sa mère, Fernande de Cartier de Marchienne, Marguerite Yourcenar connaîtra encore dix ans de vie aisée partagée entre les voyages et l’écriture. André Fraigneau, lecteur admiratif chez Grasset, sera sa grande passion, mais une passion sans retour. La rupture d’avec Andreas Embiricos, poète grec, ne fera qu’ajouter à la détresse de la jeune femme trop souvent exclue du bonheur. Deux livres témoigneront de ces échecs : Feux, en 1935, et Le Coup de grâce en 1939. Quand la Seconde Guerre s’annonce, Marguerite Yourcenar est ruinée et accepte l’invitation lancée par Grâce Frick – une jeune femme rencontrée à Paris deux ans plus tôt – de la rejoindre aux États-Unis. La guerre en Europe aidant, l’auteur se fixe dans le Connecticut, puis dans le Maine. En 1947, elle obtient la nationalité américaine. Elle réside à « Petite Plaisance », sa maison de Northeast Harbor (Mount Desert Island, Maine). Entretemps, une malle récupérée ramène à la surface un vieux projet : Mémoires d’Hadrien. Le livre rencontrera un vif succès et ramènera Marguerite Yourcenar en Europe.

 

Grâce, devenue sa traductrice, sacrifiera ses propres travaux pour se donner corps et âme à celle qu’elle admire. En 1958, se déclare un cancer chez Grâce. Une opération lui laisse un répit de cinq ans, mais la maladie réapparaît et se généralise obligeant Marguerite Yourcenar à revivre à Mount Désert une existence sédentaire. Elle vient d’y terminer son roman le plus accompli, L’Œuvre au Noir (1968) et se met à la rédaction des deux premiers volumes de sa trilogie familiale : Souvenirs pieux (1974) et Archives du Nord (1977). Les honneurs et le succès la font sortir de sa tanière pour de brefs séjours : 1968, Prix Femina, 1971, réception à l’Académie royale…

 

Quand Grâce meurt en 1979, Marguerite Yourcenar n’a qu’une idée : reparcourir le monde avec son nouveau compagnon de voyage, Jerry Wilson. À 80 ans, elle retrouve une seconde jeunesse et se remet à l’écriture de Quoi ? L’Éternité, troisième tome de sa trilogie. Dès 1980 et son élection comme première femme à l’Académie française, les médias se bousculent pour l’interviewer. Elle semble comblée : honneurs, succès, voyages… Mais le bonheur ne durera pas : Jerry est atteint du sida et meurt, en pleine force de l’âge, en 1986. Quoi ? L’Éternité racontera partiellement ce que fut leur rencontre.

 

À 84 ans, elle s’apprête à recommencer un périple jusqu’au Népal. Le départ est fixé au 9 novembre. Le 8, à la suite d’un malaise, elle refuse de rester à l’hôpital de Bar Harbor. Le 9 on l’y reconduit inconsciente : Marguerite Yourcenar a été victime d’une hémorragie cérébrale dans la nuit. Elle décèdera le 18 décembre 1987 à l’âge de 84 ans, 6 mois et 10 jours.

 

(Michèle Goslar)

La distribution

Alexis ou le Traité du vain combat

http://pascalparsat.wixsite.com/comedien

http://pascalparsat.wixsite.com/comedien

Mise en scène et scénographie : Monique Lenoble

Avec Pascal Parsat

Adaptation : Michèle Goslar

Stylisme : Bouzouk

Lumière et régie : L’équipe du Poème 2

 

*

MONIQUE LENOBLE

Metteure en scène et comédienne, réalisatrice et conceptrice d’événements, Monique Lenoble a réalisé une trentaine de mises en scène et joué une cinquantaine de rôles d’auteurs classiques et contemporains en Belgique, en France et lors de tournées internationales.

En Belgique, ses dernières réali­sations ont été La Femme de l’Homme au Chapeau Boule de Patrick Roegiers, au Poème 2, Tartuffe de Molière et Vampire de Thierry Debroux. Récemment, elle a créé Des Masques, un spectacle mêlant chorégraphie, vidéo et performance.

Voir : www.arttitudes.net ; arttitudes.blogspot.com

 

PASCAL PARSAT

http://pascalparsat.wixsite.com/comedien

Après avoir dansé et mené des revues sur de nombreuses scènes d’Europe, Pascal Parsat joue, écrit et enseigne l’art dramatique aux Conservatoires de Paris depuis plus de 25 ans.

Sociétaire à la SACD, il a écrit Doriane Gray ou le Procès d’une vie, La Loterie, Vol de Nuit, Colin Maillard, Mauvais temps en juillet

Distingué, récompensé, pour sa création du concept de théâtre « Les visiteurs du noir », il explore ce que ne pas voir veut dire, à quoi cela engage.

Alexis, ou le traité du Vain combat de Marguerite Yourcenar est sa 4ème collaboration avec Monique Lenoble.

Revues de presses

Alexis ou le Traité du vain combat

« Une écriture aussi féconde et sinueuse que celle de Proust, aussi exigente que celle de Valéry, aussi délicate que celle de Rilke, aussi fascinante qu’une partita de Bach : c’est Yourcenar. Monique Lenoble, dont on reconnaît les mises en scène dans leur fidélité à l’imaginaire des auteurs, porte ici l’œuvre de Yourcenar et son personnage à un degré de rigueur et d’intensité admirables. Découpé avec fidélité pour son accession à la scène par Michèle Goslar (responsable du Centre international de documentation Marguerite Yourcenar), ce texte non seulement garde ici l’intégralité de ses pouvoirs mais encore les révèle.

Des pages qui charrient tout ce qu’en soi l’humain recèle.

Une méditation sur les enjeux de la vie. La très extraordinaire interprétation d’un comédien, lui-même auteur et metteur en scène vaut le déplacement et une attention extrême pendant près d’une heure et demie. »

Luc Norin – La Libre Belgique (20 janvier 2003)

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Détails des dates
  • Mercredi 6 décembre 2017 à 19h
  • Jeudi 7 décembre à 20h
  • Vendredi 8 décembre à 20h
  • Samedi 9 décembre à 20h
  • Dimanche 10 décembre à 16h
  • Mercredi 13 décembre 2017 à 19h
  • Jeudi 14 décembre à 20h
  • Vendredi 15 décembre à 20h
  • Samedi 16 décembre à 20h
  • Dimanche 17 décembre à 16h

Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Direction générale de la Culture, Service général des Arts de la Scène,
de la Loterie Nationale et de la Commune de Saint-Gilles

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