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Les spectacles Du 6 au 17 décembre 2017

Alexis ou le Traité du vain combat

Marguerite Yourcenar

Re-création

Récit de sa première période d’écriture, ce premier “portrait d’une voix” a séduit la critique (notamment Edmond Jaloux) et fait entrer Yourcenar dans le monde des lettres.

Bien que rapproché par la critique du Traité du vain désir de Gide, c’est à Rilke que Yourcenar fait référence, « Le Rilke de Malte Laurids Brigge, pas encore tout à fait celui des Élégies de Duino, mais un peu déjà. Le ton même d’Alexis, les scrupules d’Alexis, et pas sur un sujet particulier, sur tout ; la religiosité d’Alexis, une sorte de tendresse répandue par Alexis sur les êtres et les choses, tout cela est bien plus près de Rilke. Je me sentais très proche de Rilke durant cette période[1]. »

Persuadée qu’il fallait, après sa poésie, écrire quelque chose de définitif, et ayant échoué à rédiger trop tôt le grand roman Remous, Marguerite Yourcenar va exploiter une expérience personnelle pour ce premier texte en prose. Vers 1923, elle a été séduite par un jeune homme, probablement Alexis de Géra, d’origine autrichienne. Étant homosexuel, il lui confesse ne pouvoir répondre à ses attentes. C’est cette confession qui servira de point de départ au livre.

Quelques années plus tard, elle apprend le décès de Jeanne de Vietinghoff, ancienne amie de collège de sa mère, demoiselle d’honneur au mariage de son père qui est subjugué par sa beauté et son comportement de femme libre, modèle pour l’auteur, également attirée par les homosexuels, et séduite par cette femme qui épousa un homosexuel et lui resta fidèle jusqu’à sa mort.

Intriguée par les liens qui unirent son père à Jeanne, Marguerite Yourcenar rencontre en 1928, le mari de Jeanne à Zurich. Ses confidences fourniront le reste de la matière d’Alexis, Monique, dans le texte, étant Jeanne, ce que reconnut l’auteur par la suite.

Alexis ou le Traité du vain combat est une longue lettre écrite par Alexis à sa femme, Monique, venant d’accoucher, pour lui expliquer pourquoi il la quitte. Il y raconte sa vie, sa famille aristocratique sur le déclin, sa découverte de la beauté masculine, l’engrenage qui l’a conduit à l’épouser, son besoin de renouer avec la musique (Conrad de Vietinghoff était pianiste), et sa résolution d’accepter son homosexualité, sans jamais nommer la chose.

Confidence d’une sensibilité peu commune, hésitations à dire, respect de l’autre, volonté de sincérité, respect à l’égard d’une femme exceptionnelle, ce texte émeut et bouleverse à la fois. Qu’on en juge par la phrase qui clôt cette longue lettre : « Je vous demande pardon, le plus humblement possible, non pas de vous quitter, mais d’être resté si longtemps ».

Bien que non destiné au théâtre, ce monologue, à chaque lecture, m’imposait une voix qui m’a convaincue de le proposer à la scène. Trop long, mon adaptation n’a eu recours qu’au découpage, respectant la chronologie du récit.

Son interprétation par Pascal Parsat est remarquable et la mise en scène par Monique Lenoble parfaitement ajustée au propos.

Bien qu’écrit en 1929, ce texte reste d’une actualité et d’une émotion remarquables.

 

(Michèle Goslar)

 

[1] In Les Yeux ouverts, p. 67

 

L'auteur

Marguerite Yourcenar

MARGUERITE YOURCENAR (Bruxelles 1903 – Mount Desert Island 1987)

 

Orpheline de mère à onze jours, Marguerite Cleenewerck de Crayencour quittera, âgée de quelques semaines, Bruxelles pour la France (Mont-Noir) où elle passera son enfance dans le château de sa grand-mère paternelle. Elle y prendra goût à tout ce qu’elle aimera : les plantes, les animaux et les ciels du Nord.

Dès qu’elle a atteint deux ans, son père qui a déjà la cinquantaine, emmène la fillette régulièrement en voyage : Paris, la côte belge et hollandaise et la Riviera, épisodiquement Bruxelles. Ce goût des voyages lui restera jusqu’à la fin.

À la mort de la grand-mère Noémie Dufresne, son père réalise ses biens – une véritable fortune de la Belle Époque – et poursuit sa vie de nomade avec sa fille. Paris reste leur point de chute et ils connaîtront diverses résidences dans le Midi. La Première Guerre les surprendra à Ostende ; ils fuiront à Londres.

 

Élevée par son père et par des précepteurs, mais plus encore par les livres et les musées, Marguerite de Crayencour sortira de l’adolescence avec de solides connaissances en latin et grec, en littérature européenne et en langues modernes.

Depuis ses quatorze ans elle écrit et elle publiera deux premiers livres à compte d’auteur dès ses dix-huit ans : Le Jardin des Chimères (poème dialogué sur la chute d’Icare) et un recueil de poèmes. Elle se choisit un nom d’auteur, anagramme de son patronyme, et signe ses premiers livres d’un énigmatique Marg Yourcenar. Le père reste attentif aux ambitions de sa fille et les encourage. Pour le reste, Michel de Crayencour dilapide sa fortune aux jeux et avec les femmes.

Il meurt à Lausanne en 1929, après un troisième mariage, laissant sa fille et son épouse ruinées. Grâce à l’héritage de sa mère, Fernande de Cartier de Marchienne, Marguerite Yourcenar connaîtra encore dix ans de vie aisée partagée entre les voyages et l’écriture. André Fraigneau, lecteur admiratif chez Grasset, sera sa grande passion, mais une passion sans retour. La rupture d’avec Andreas Embiricos, poète grec, ne fera qu’ajouter à la détresse de la jeune femme trop souvent exclue du bonheur. Deux livres témoigneront de ces échecs : Feux, en 1935, et Le Coup de grâce en 1939. Quand la Seconde Guerre s’annonce, Marguerite Yourcenar est ruinée et accepte l’invitation lancée par Grâce Frick – une jeune femme rencontrée à Paris deux ans plus tôt – de la rejoindre aux États-Unis. La guerre en Europe aidant, l’auteur se fixe dans le Connecticut, puis dans le Maine. En 1947, elle obtient la nationalité américaine. Elle réside à « Petite Plaisance », sa maison de Northeast Harbor (Mount Desert Island, Maine). Entretemps, une malle récupérée ramène à la surface un vieux projet : Mémoires d’Hadrien. Le livre rencontrera un vif succès et ramènera Marguerite Yourcenar en Europe.

 

Grâce, devenue sa traductrice, sacrifiera ses propres travaux pour se donner corps et âme à celle qu’elle admire. En 1958, se déclare un cancer chez Grâce. Une opération lui laisse un répit de cinq ans, mais la maladie réapparaît et se généralise obligeant Marguerite Yourcenar à revivre à Mount Désert une existence sédentaire. Elle vient d’y terminer son roman le plus accompli, L’Œuvre au Noir (1968) et se met à la rédaction des deux premiers volumes de sa trilogie familiale : Souvenirs pieux (1974) et Archives du Nord (1977). Les honneurs et le succès la font sortir de sa tanière pour de brefs séjours : 1968, Prix Femina, 1971, réception à l’Académie royale…

 

Quand Grâce meurt en 1979, Marguerite Yourcenar n’a qu’une idée : reparcourir le monde avec son nouveau compagnon de voyage, Jerry Wilson. À 80 ans, elle retrouve une seconde jeunesse et se remet à l’écriture de Quoi ? L’Éternité, troisième tome de sa trilogie. Dès 1980 et son élection comme première femme à l’Académie française, les médias se bousculent pour l’interviewer. Elle semble comblée : honneurs, succès, voyages… Mais le bonheur ne durera pas : Jerry est atteint du sida et meurt, en pleine force de l’âge, en 1986. Quoi ? L’Éternité racontera partiellement ce que fut leur rencontre.

 

À 84 ans, elle s’apprête à recommencer un périple jusqu’au Népal. Le départ est fixé au 9 novembre. Le 8, à la suite d’un malaise, elle refuse de rester à l’hôpital de Bar Harbor. Le 9 on l’y reconduit inconsciente : Marguerite Yourcenar a été victime d’une hémorragie cérébrale dans la nuit. Elle décèdera le 18 décembre 1987 à l’âge de 84 ans, 6 mois et 10 jours.

 

(Michèle Goslar)

La distribution

Alexis ou le Traité du vain combat

 

 

Nouvelle création

De Marguerite Yourcenar

Mise en scène et scénographie : Monique Lenoble

Avec Pascal Parsat

Stylisme : Bouzouk

Remerciements :

Lumière et régie : l’équipe du Poème 2

À l’initiative de Michèle Goslar

D’après Alexis ou le traité du vain combat de Marguerite Yourcenar, © Editions Gallimard

 

*

MONIQUE LENOBLE

Metteure en scène et comédienne, réalisatrice et conceptrice d’événements, Monique Lenoble a réalisé une trentaine de mises en scène et joué une cinquantaine de rôles d’auteurs classiques et contemporains en Belgique, en France et lors de tournées internationales.

En Belgique, ses dernières réali­sations ont été La Femme de l’Homme au Chapeau Boule de Patrick Roegiers, au Poème 2, Tartuffe de Molière et Vampire de Thierry Debroux. Récemment, elle a créé Des Masques, un spectacle mêlant chorégraphie, vidéo et performance.

Voir : www.arttitudes.net ; arttitudes.blogspot.com

 

PASCAL PARSAT

http://pascalparsat.wixsite.com/comedien

Après avoir dansé et mené des revues sur de nombreuses scènes d’Europe, Pascal Parsat joue, écrit et enseigne l’art dramatique aux Conservatoires de Paris depuis plus de 25 ans.

Sociétaire à la SACD, il a écrit Doriane Gray ou le Procès d’une vie, La Loterie, Vol de Nuit, Colin Maillard, Mauvais temps en juillet

Distingué, récompensé, pour sa création du concept de théâtre « Les visiteurs du noir », il explore ce que ne pas voir veut dire, à quoi cela engage.

Alexis, ou le traité du Vain combat de Marguerite Yourcenar est sa 4ème collaboration avec Monique Lenoble.

Revues de presses

Alexis ou le Traité du vain combat

« Une écriture aussi féconde et sinueuse que celle de Proust, aussi exigente que celle de Valéry, aussi délicate que celle de Rilke, aussi fascinante qu’une partita de Bach : c’est Yourcenar. Monique Lenoble, dont on reconnaît les mises en scène dans leur fidélité à l’imaginaire des auteurs, porte ici l’œuvre de Yourcenar et son personnage à un degré de rigueur et d’intensité admirables. Découpé avec fidélité pour son accession à la scène par Michèle Goslar (responsable du Centre international de documentation Marguerite Yourcenar), ce texte non seulement garde ici l’intégralité de ses pouvoirs mais encore les révèle.

Des pages qui charrient tout ce qu’en soi l’humain recèle.

Une méditation sur les enjeux de la vie. La très extraordinaire interprétation d’un comédien, lui-même auteur et metteur en scène vaut le déplacement et une attention extrême pendant près d’une heure et demie. »

Luc Norin – La Libre Belgique (20 janvier 2003)

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Détails des dates
  • Mercredi 6 décembre 2017 à 19h
  • Jeudi 7 décembre à 20h
  • Vendredi 8 décembre à 20h
  • Samedi 9 décembre à 20h
  • Dimanche 10 décembre à 16h
  • Mercredi 13 décembre 2017 à 19h
  • Jeudi 14 décembre à 20h
  • Vendredi 15 décembre à 20h
  • Samedi 16 décembre à 20h
  • Dimanche 17 décembre à 16h

Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Direction générale de la Culture, Service général des Arts de la Scène,
de la Loterie Nationale et de la Commune de Saint-Gilles

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